La retenue
Pourquoi tu as cette impression que la vie t'a mise dans le coin? Que tout te retient?
Il y a des moments comme ça où tu sens que les mots s'empêchent de sortir. Tu te dis que ça ne vaut pas la peine de les dire. Ils sortent à demi-étouffés, sans cette conviction qui était pourtant si présente avant. Il y a un voile bizarre qui t'habite; un flou temporel. Une sorte de pause qu'on t'oblige à prendre. Le "on" inclut ici la personne qui parle. Le "on", c'est toi. Tu te sens en retenue de toi-même.
Une accumulation d'événements marquants ont peut-être changé une partie de toi. Tu as de la difficulté à mettre le doigt dessus. Est-ce que c'est un événement isolé? Plein d'affaires qui ont brassé tes couleurs et là... Ya juste du gris? Tu avances en te disant que la lumière va revenir et que tout redeviendra clair. Mais c'est gris longtemps. C'est lourd le gris.
Des gens qui semblent s'être cristallisés dans des rôles qui ne te font plus vibrer. Ils sont une présence rassurante et tu les aimes. L'amour ne s'envolera pas, je t'assure. Mais ils sont des "popsicles" que tu as laissé au congélateur trop longtemps. Ils ont figé. Ils ne le sont pourtant pas pour eux-mêmes, mais c'est la perception que toi, tu as. Ce n'est pas une mauvaise chose de les percevoir de la sorte et leur bonheur n'en sera pas affecté. Peut-être que le rôle qu'ils ont joué a trouvé sa fin? Ou est-ce le tien qui a pris un virage incertain?
Des mots qui ne résonnent plus de la même façon qu'avant. Des mots ravalés. Des expressions ou des façons de parler qui se lassent. Ça sort "fake"? C'est plus vraiment toi? Ça ne te fait plus rire ou ça s'en vient tellement redondant? Tu as cette soudaine envie d'aller voir autre chose, d'explorer d'autres façons de penser, de créer différemment ou d'aller voir ton contraire. C'est dynamisant et ça te donne des ailes. Et si je te disais GO?
On avance doucement avec ce que l'on a reçu. On vit pleinement nos expériences et on apprend. On apprend sur le tas, par fracas qui casse, avec ou sans filet; avec ou sans support. On apprend parce qu'on a vécu quelque chose. On a ensuite gardé des petits bouts de cette expérience et on continue notre chemin avec. On porte tout ça avec nous.
Quand ça devient trop lourd, il est temps d'assumer qu'on est en retenue et que doucement, on va en sortir.
Alors vas t'asseoir dans le coin et prends le temps. Certains te diront d'aller voir au Sud ou à l'Ouest. Moi je vais te dire d'aller voir en-dedans. Quand tout s'est accumulé, ouvre le sac et sors les choses importantes, tu les remettras dedans après. Mets au recyclage ce qui ne te colle plus à la peau et passe la balayeuse dans le fond.
Fais-le en parlant, en créant, en vivant des choses différentes.
Moi, je me sens sortir de ma retenue. La pandémie m’a aussi envoyée dans le coin. Est-ce correct de vouloir en sortir différente? De ne pas retomber dans le tourbillon d’avant? De ne pas vouloir ignorer tout ce qui a été réfléchi et bâti pendant ce moment confiné? Il me semble que la force vient justement de ce qui a été créé pendant. Pourquoi faudrait ignorer après?
Là, t’es où?
« J’ai cherché à l’est, j’ai cherché à l’ouest
J’ai cherché au nord, j’ai cherché au sud
J’te cherche encore
J’ai regardé partout, j’ai regardé dedans
Regardé dehors, j’ai refait le tour
L’autre bord
Hey! T’es où? »