Du cutex, du chaos et beaucoup d'amour
Entre le stress que peut occasionner une séance photo et la spontanéité naturelle que l'on recherche, il y a tout ce qui englobe l'expérience avec la photographe. Du début jusqu'à la fin, tout est une question de flow, de création de lien et d'authenticité …Pis pas besoin de faire le ménage!
Bienvenue dans ma façon de voir une séance en famille.
Je ne sais pas si cette famille est “mon client idéal” et je tente de rester loin des cases dans lesquelles il serait facile de vous placer. Personnellement, je déteste quand je sens qu’on me catégorise. J’ai souvent dit que le titre de ma biographie serait “Je ne suis pas une statistique!”. Je préfère voir l’humain dans sa mouvance et son histoire qui évolue. Mais lorsque je suis sortie de l’appartement de Laurence et Julien ce matin-là, j’avais le sentiment fort que cette séance était pas mal ce que je préfère vivre comme photographe. Je vous la partage parce que c’est inspirant et ça fait tomber la pression que tout soit parfait pour une séance photo. La légèreté rencontre le chaos et c’est là-dedans que je me sens la plus confortable. C’est le naturel qui galope dans son salon. C’est un bracelet coloré et une manucure.
Si vous croyez que tout doit être parfait dans une séance photo et que votre maison n’est pas assez belle pour faire entrer une photographe dans votre quotidien et bien je vous arrête tout de suite! J’ai trop souvent vécu de séances photos où la maison est ultra propre, les jouets sont rangés et je ressens une tension par toutes les attentes cachées derrière un accueil où on soupire déjà quand j’arrive parce que ça fait une heure que vous essayez de tout ranger et tentez de convaincre votre garçon de mettre les beaux pantalons. Toute la famille est déjà tannée.
Là vous allez prendre une grande respiration et lire ce qui suit:
Comment vivre une séance photo sans se stresser?
Quand je suis arrivée chez Laurence et Julien, les enfants étaient encore en pyjama et ça sentait le petit fond de bol de céréales. Les dernières gorgées froides de café traînaient sur la table de la cuisine et Julien n’était pas douché. Leur petite fille m’avait fait un bracelet en billes et j’ai été charmée tout de suite par le nez qui coule de leur fils. Je n’ai rien dit, ça se fera en retouche dans mon ordi.
Laurence m’a dit une seule fois: “Je m’excuse, ne regarde pas le bordel”. ET là ma réponse a été catégorique:
“Ce n’est pas pour ça que je suis ici”.
Je ne suis pas là pour juger de votre salon ou faire un commentaire parce que vous ne semblez pas prêts. Je m’en fous! Je suis là parce que vous avez eu une intuition que c’était important de prendre des photos de votre famille et qu’enfin, vous avez fait toutes les étapes pour que ça se concrétise. Je suis arrivée dans votre dimanche matin comme une livraison de muffins au chocolat. Je veux que ce soit sweet et agréable. Il y aura des graines partout dans la maison parce que c’était bon.
Alors je suis vite allée donner de l’attention aux enfants. Ils étaient fiers de me montrer leur coin jouets dans leur chambre. La grande sœur a choisi la robe qu’elle souhaitait porter et petit frère m’a montré son gros toutou ours qu’il a depuis sa naissance. Julien est sorti de la douche et Laurence est allée se changer. Moi je m’occupais des enfants et je trouvais les petits coins lumineux de leur appartement. Je leur demandais des câlins et sortaient leur livre préféré. On a même eu le temps de comprendre le côté doux et le côté piquant d’un jouet en velcro. Pour moi, ces moments passés avec vos enfants sont tellement précieux. Je tricote petit à petit une confiance avec eux par le jeu et on a du plaisir ensemble.
Et là, en jouant avec grande sœur, elle me tend le téléphone jouet et me dit que c’est pour moi. Wow! j’ai reçu un appel! Je lui demande en chuchotant qui est à l’appareil? Elle me répond: c’est ton Papa. Avec le plus grand sourire de joie. Mon cœur s’est emballé d’émotions et j’ai porté le combiné à mon oreille en disant: “Allo Papa”.
Je n’avais pas dit ces mots depuis 37 ans (pour comprendre l’importance de ces 37 ans, il faut lire “Pourquoi je suis photographe?” ).
Ce qui a suivi est une discussion surréaliste de moi avec mon père et toute la joie que ça m’a procuré. Je lui ai dit à quel point j’étais contente de lui parler parce que ça faisait longtemps qu’on ne s’était pas appelé. Tout ça sous le regard de cette petite fille si heureuse de me voir parler à mon Papa. Les yeux plein d’eau j’ai raccroché et j’ai rapidement passé à autre chose. C’est une fois dans mon auto que j’ai explosé de joie que ce moment m’ait été offert par une petite de 4 ans. Il fallait que j’écrive ça à Laurence dans mon prochain courriel et voici ce qu’elle m’a répondu:
« Je ne sais pas si tu connais le livre, mais quelques jours avant notre séance, j’ai commencé à lire aux enfants “le fil invisible” de Patrice Karst. En gros c’est l’histoire d’une maman qui explique à ses enfants que tous les êtres qui s’aiment sont toujours et à jamais liés par un fil invisible, et ce, quoiqu’il arrive. “Tant qu’il y aura de l’amour dans votre cœur, le fil invisible sera toujours là”. C’est peut-être une simple coïncidence, mais il y a une petite partie de moi qui croit que ma fille t’a montré que ce fil invisible existe encore, et ce même après 37 ans. »
J’ai commandé le livre hier et vous devriez aussi. Quelle chance que j’ai de vivre ça avec vous. Dans chaque séance, il y a un moment magique si on prend le temps de rien forcer et de vivre le moment. Des fois, c’est Fred qui touche pour la première fois un escargot gluant. Une autre fois, c’est Léo qui réussit à monter dans l’échelle du pommier sans aide ou votre maman qui pleure de bonheur quand je vous demande de vous coller. C’est là parce que ça prend toute la place si les attentes tombent.
Après cet appel, on a joué au train dans le salon et grande sœur a fait une manucure à ses parents et à moi aussi. C’est ce qu’elle préfère faire ces temps-ci. Moi j’adore les manucures. On a pris des photos collés dans leur lit et ensuite Laurence voulait des photos des enfants dans leur chambre avec la banderole colorée. Les enfants ont sauté sur leur lit à deux étages et riaient aux éclats. Des fois, faut pas chercher le bonheur bien loin.
On a fini par une bataille de connecteurs de tapis en mousse dans le salon parce que c’est de même. C’est leur activité préférée ces temps-ci. Je me suis couchée en plein milieu du salon et ils tournaient autour de moi. J’ai adoré ça!
Quand tout le monde a commencé à avoir faim, j’ai su que c’était le temps de partir. Je les ai quittés le cœur bien rempli et j’ai marché jusqu’à mon auto avec ce sentiment confirmé que cette séance était ce que je préfère vivre comme photographe. On a joué, lu, écouté, ri et chanté.
C’est de même. C’est parfait parce que c’est vous. Sans attentes, avec du cutex, du chaos et beaucoup d’amour.
Mariane
ps: Merci à Laurence et Julien de m’avoir permis de raconter leur petite histoire de cette séance du dimanche matin. J’ai déjà hâte qu’on se revoit.
Si toi aussi tu as l’intuition que c’est le temps de prendre des photos: