Une journée dans la vie de Linda Roy
Sa dernière journée de travail
Imaginez qu’un ou une photographe vous suive pour votre dernière journée de travail. Le lendemain, vous serez dans la catégorie des “retraité-es”. Que ce soit une retraite pour vrai ou une fin de quelque chose pour en commencer une autre, c’est sans importance. Cette dernière journée marque une fin. Un stop. Une étape.
J’ai passé une journée avec Linda Roy pour sa dernière journée de travail comme directrice du CPE Vallée sourire à Gracefield. J’ai été témoin d’une grande famille tissée serrée par elle.
À Gracefield:
J’ai senti toute la fébrilité dans cette journée en rencontrant Linda. J’ai senti un “vite vite vite, faut que je te montre!” dans ses yeux brillants. Je l’ai suivie dans sa première installation de CPE et tout de suite, Linda a fait les présentations de ses employées. Le cœur de son travail, je l’ai compris tout de suite, c’est son équipe. J’ai eu l’historique de toutes ces belles personnes:
-Depuis combien d’années elles sont là;
-Comment c’était quand elle est arrivée;
-Ce qu’elles ont bâti ensemble depuis le temps.
Comme une ingénieure de cocon doux pour enfants, Linda a travaillé très fort. Elle a créé un nid bienveillant et s’est entourée de femmes fortes et passionnées. C’est comme des petites alvéoles confortables et ça sent le miel. Tous les enfants veulent évidemment aller se réfugier dans un endroit qui sent le miel. On y fait de belles siestes et le cœur est bien au chaud. De la cuisine, au jardin improvisé jusqu’aux lumières tamisées, Linda a mis de la couleur à chaque jour.
J’ai eu le cœur bien au chaud quand je l’ai écouté me raconter l’histoire de celui qui avait eu sa visite supervisée avec sa maman ce matin-là. Je me suis dit qu’il était au bon endroit pour “revenir” de cette rencontre. Linda s’en assurait. Elle connaît tous les petits sourires, même ceux qui tombent un peu comme la pluie.
À Kazabazua:
Nous partons ensuite pour sa deuxième installation. Je réfléchissais à ce qu’elle devait réaliser en faisant ce dernier chemin entre ses deux CPE. Est-ce qu’elle réalisait que c’était sa dernière fois? Comment on fait pour se retenir le “moton” quand on y pense? Je me sentie moi-même envahie par les émotions. J’ai versé une tite larme pour Linda. Ce sera fait! Une larme c’est une larme. Pas besoin de déterminer à qui elle appartient.
Rendues dans un autre corridor avec des alvéoles de chaque côté, moi et Linda arrivons dans une équipe prête à célébrer. Ça sentait le gâteau de fête. La banderole était apposée et les ballons aussi. Son équipe l’attendait avec des regards fébriles et impatients. Elles avaient toutes hâte de dire aurevoir et de montrer leur amour.
Ce moment-là
Il y a eu une chanson, un cadeau, des larmes, des fous rire et beaucoup de câlins. J’ai pris Linda avec chacune de ses femmes et leurs histoires venaient en même temps. La grande alliée en avait beaucoup à dire et se permettait de rassurer que tout ira bien sans elle. Le pincement au cœur était palpable. “Sans elle”. Puis cette photo est arrivée. Elle m’a permis de tout saisir. L’amour, le départ, le vide qu’elle laissera derrière. Gros bec à travers la fenêtre de Linda.
Parce que sans Linda, c’est se lever au prochain matin à 6h et partir au CPE sans celle qui a replacé tous les morceaux avec les bons “fit” depuis plusieurs années. Ça avance droit et la structure tient malgré les tempêtes. Les alvéoles sont solides et les enfants se sentent bien.
Tout le monde se sent bien avec Linda. C’est avec des lunettes un peu de travers qu’elles continueront le travail. En regardant dans la même direction que celle donnée par Linda.
Une journée remplie d’émotions et de sourires dans la Vallée de la Gatineau. Puis la prochaine étape pour Linda se dessine devant elle. Comme le mot “retraitée” ne lui colle pas vraiment à la peau, Linda continue de construire. Comme une ingénieure d’expériences magiques pour sa communauté elle voguera avec son homme et ses clients pour continuer d’avancer. Peut-être qu’un soir, ce sera toute son équipe de femmes du CPE qui sera à sa table pour célébrer la vie. Elles se remémoreront leurs idées, leurs projets et leur complicité. Il y a aura des becs soufflés et des chansons… des pizza au four à bois avec du miel dessus.
Je suis revenue de la vallée avec une tite larme d’avoir donné quelque chose de précieux. Des photos qu’elle n’aurait jamais pensé prendre. Je t’envoie un bec soufflé de l’autre côté de l’écran, belle Linda. Merci.
Mariane
Si “Une journée dans la vie” vous interpelle, cliquez ici.